Ebola: les chauves-souris source directe de l’épidémie?
Publié par La Pharmacienne le Mai 14 2009 15:54:03
Les flambées épidémiques de fièvre Ebola pourraient dans certains cas être déclenchées par le passage du virus directement des chauves-souris à l’Homme...

Nouvelles étendues



Les flambées épidémiques de fièvre Ebola pourraient dans certains cas être déclenchées par le passage du virus directement des chauves-souris à l’Homme, d’après de nouveaux travaux menés en RDC par des chercheurs français et congolais.

Il y a quelques années l’équipe d’Eric Leroy (IRD/ Université de la Méditerranée) avait montré que certaines espèces de chiroptères servaient de réservoir naturel au redoutable virus Ebola.

Sachant que des humains avaient été contaminés par le virus Ebola au contact de grands singes morts, les chercheurs supposaient que ces primates avaient été infectés par les chauves-souris frugivores au moment où ils cherchaient à se nourrir de fruits dans les arbres. L’analyse d’une flambée épidémique survenue de mai à novembre 2007 dans l’agglomération de Kampungu, en République démocratique du Congo, suggère désormais que le virus est passé directement du chiroptère à l’humain.

En reconstruisant l’historique de l’épidémie, Eric Leroy et ses collègues ont découvert que le premier cas identifié, une femme de 55 ans, est tombée malade deux semaines après avoir lavée le corps d’une fillette de 4 ans décédée subitement. Les symptômes de sa maladie concordent avec ceux de la fièvre hémorragique à Ebola, précise Eric Leroy. Or cette fillette venait d’un village voisin et faisait souvent les 3 à 4 heures de marches dans les bras de son père. Celui-ci s’était régulièrement rendu à un marché pour acheter des chauves-souris fraîchement tuées. Il a pu être contaminé par le sang de ces animaux, ne souffrir que de symptômes légers et passer le virus à sa fille via la transpiration, expliquent les chercheurs.

Même si le virus Ebola a la réputation de laisser peu de chances à ceux qu’il infecte, il existe une variabilité individuelle importante, précise Eric Leroy. «Nous avons montré en 2002 qu’il pouvait y avoir des porteurs asymptomatiques du virus», poursuit le chercheur, basé au Centre international de recherches médicales de Franceville, au Gabon.

Il n’a pas pu être démontré directement que le père de la fillette était porteur du virus mais le faisceau de présomptions est fort, estime ce spécialiste des fièvres hémorragiques.

Dans la zone touchée par la flambée épidémique de 2007 il n’y a ni chimpanzés, ni gorilles ni bonobos susceptibles de passer le virus Ebola à l’homme. En revanche d’avril à mai des milliers de chauves-souris frugivores y font étape au cours de leur migration. Leur population était exceptionnellement abondante en 2007. Parmi les trois espèces migrantes deux sont suspectées d’être le réservoir du virus Ebola. Les habitants les abattent, souvent avec des fusils, pour les manger. Le contact avec le sang des chiroptères est donc fréquent.

Ce n’est pas la première fois que des chauves-souris sont mises en cause pour la transmission d’un virus à l’homme : c’est le cas pour le virus de la rage ou pour les virus asiatiques Nipah et Hendrah. «Ces virus appartiennent d’ailleurs à deux familles, les rhabdovirus et les paramyxovirus, qui sont les plus proches de la famille d’Ebola, celle des filovirus», remarque Eric Leroy.

Les chercheurs en concluent que les chemins de migration des chiroptères devraient être pris en compte dans les plans de surveillance d’Ebola.



Sciences & Avenir