La chirurgie de l'obésité soupçonnée de fragiliser les os
Publié par Rosette le Août 28 2009 16:42:54
La chirurgie de l'obésité fragiliserait-elle les os? C'est ce que suggèrent les résultats d'une étude de la Clinique Mayo qui inquiètent les spécialistes, ces opérations devenant...

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La chirurgie de l'obésité fragiliserait-elle les os? C'est ce que suggèrent les résultats d'une étude de la Clinique Mayo qui inquiètent les spécialistes, ces opérations devenant de plus en plus nombreuses, même chez les adolescents pendant les années-clé de croissance osseuse.

«Ces techniques sont présentées comme la panacée, il est de la plus haute importance de répondre aux questions», que posent l'étude, estime le Dr Shonni Joy Silvergerg de l'université de Columbia, qui participait au Congrès annuel de l'Endocrine Society à Washington, largement consacré au lien entre graisse et squelette.

La surprise est d'autant plus grande que l'on considère l'obésité comme ayant un effet protecteur contre la fragilité osseuse liée à l'ostéoporose, ce qui est bien la seule vertu reconnue que les médecins reconnaissent à l'excès de graisse.

La question, souligne le Dr Jackie Clowes, expert du métabolisme osseux à la clinique Mayo (Rochester, Minnesota) spécialisée dans les problèmes de poids, est de savoir si l'affinement des os des obèses est définitif ou s'il ne s'agit que d'une phase de transition, le temps que leurs os s'adaptent à leur nouveau volume.

Environ 15 millions d'Américains sont considérés comme des «obèses morbides», présentant un surpoids de 45kg ou plus. Le régime seul ne suffit pas à éviter un diabète ou tout autre problème de santé et le recours à la chirurgie devient rapidement le meilleur traitement. Elle va du classique pontage gastrique, qui consiste à court-circuiter définitivement une partie de l'estomac, à l'anneau gastrique, une technique moins invasive et réversible. Les patients perdent environ 15% à 25% de leur poids de départ, et leur diabète s'améliore considérablement.

Plus de 1,2 million de patients américains ont subi une intervention chirurgicale ces dix dernières années, dont 220 000 pour la seule année dernière, selon la Société américaine de chirurgie métabolique et bariatrique. Il existe peu de données sur l'état de santé à long terme des patients mais des études sur les adultes et les adolescents sont en cours à l'échelle nationale américaine. Les médecins ont cependant remarqué depuis longtemps qu'une perte de poids brutale pouvait accélérer l'évolution osseuse.

Le Dr Silverberg cite ainsi des études récentes qui montrent qu'un an après un pontage gastrique, la densité osseuse des hanches des adultes diminue de jusqu'à 10%. Or les fractures de la hanche sont fréquentes chez les personnes âgées. L'anneau gastrique entraîne moins de réduction de la masse osseuse, l'absorption du bol alimentaire étant moins altérée.

Personne ne sait si les os des adolescents réagissent de la même façon, mais c'est une question importante parce que près de la moitié de la masse osseuse se développe à l'adolescence.

Pour voir si ces changements se traduisent en fractures, l'équipe de Mayo a comparé les résultats de près de 300 adultes qui avaient subi une chirurgie bariatrique avec ceux d'habitants du Minnesota qui n'en avaient pas eu.

Un quart des 142 bénéficiaires de chirurgie étudiés jusque-là souffraient d'au moins une fracture dans les années qui ont suivi, selon le Dr Elizabeth Haglind de la clinique Mayo au Congrès d'endocrinologie. Et six ans après la chirurgie, ce groupe présentait un risque deux fois plus élevé que la moyenne.

Mais plus déroutant, les opérés présentaient plus de fractures de la main et du pied que leurs voisins du Minnesota, avec un risque multiplié par trois, alors que ces fractures ne sont généralement pas en rapport avec l'ostéoporose. L'ancien obèse se mettrait-il à faire de la gymnastique et tomberait-il plus? Le Dr Clowes en doute. «J'ai été choqué» par ce nombre, a déclaré le Dr Scott Shikora, président du groupe des chirurgiens bariatriques, qui déclare qu'il n'a pas constaté de problème de fracture significatif dans sa pratique.

Habituellement, les chirurgiens prescrivent à leurs patients du calcium et de la vitamine D. Le Dr Shikora estime que la moitié suit ce conseil, et d'autres recherches suggèrent que des doses plus importantes pourraient être nécessaires dans tous les cas, les obèses commençant avec un déficit de vitamine D.

La prochaine étape sera de comparer les patients avec une fracture avec des gens du même poids, pour voir si leur masse osseuse a simplement dû s'adapter, ou si la chirurgie intervient dans la cuisine complexe des hormones et autres facteurs qui gardent les os forts.

Lauran Neergaard
Associated Press
Washington