Quand la migraine devient chronique
Publié par La Pharmacienne le Septembre 20 2009 05:03:10
Chez une minorité de migraineux, on constate une aggravation de leurs troubles au cours du temps : d’abord épisodiques, les crises surviennent plus de 15 jours par mois...

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Chez une minorité de migraineux, on constate une aggravation de leurs troubles au cours du temps : d’abord épisodiques, les crises surviennent plus de 15 jours par mois, selon un processus de progression ou de transformation de l’affection. Ces modifications ont des caractères définis : elles ne se produisent pas brutalement et ne sont ni inexorables, ni irréversibles. La recherche de facteurs de risque d’une telle évolution se doit donc d’être précoce pour tenter de l’éviter.


Selon cette publication américaine de 2003, près de 3 % des migraines épisodiques deviennent chroniques en une année et 6 % des crises augmentent de fréquence sans franchir le seuil de chronicité.


Dans la Frequent Headache Epidemiological Study (2003), on constate que le risque de transformation augmente rapidement lorsque la fréquence initiale des crises dépasse 3 par mois, ou lorsque l’on assiste à une progression rapide de cette fréquence, ceci pouvant être mis en relation avec la production de radicaux libres et une sensibilisation dans les zones de contrôle de la douleur.


En cas de prédisposition à la migraine, plusieurs études ont permis de cerner l’influence de la consommation médicamenteuse sur la survenue de migraine chronique. Il s’avère que l’utilisation de barbituriques ou d’opiacés augmente ce risque, pour les barbituriques (Risque Relatif RR=1,73 ; Intervalle de Confiance à 95 % IC=1,1- 2,7), une exposition de 5 jours par mois, au moins, apparaît comme critique. Pour les opiacés (RR=1,4 ; IC=1,1- 2,1), le seuil d’exposition est de 8 jours par mois avec une majoration du risque chez l’homme. Chez les patients traités par les triptans, une augmentation de l’incidence des crises est observée en cas de fréquence initiale élevée.


Il est également apparu qu’une consommation excessive de caféine était souvent notée dans l’anamnèse de migraineux chroniques. De plus, la survenue habituelle de céphalées rebond lors du sevrage brutal de caféine est un indice du rôle de cette substance dans l’aggravation de ce type de douleur.


Par ailleurs, l’existence d’un lien entre obésité et céphalées primaires a été démontrée à l’aide de quatre études de population. Parmi les données, on note que la prévalence de la migraine chronique va de 0,9 % chez les sujets de poids normal à 2,5 % chez les grands obèses (RR=2,2, IC=1,5- 3,2). Ce risque d’aggravation paraît concerner uniquement les migraines et non les céphalées. Plusieurs substances semblent impliquées dans ces relations, parmi lesquelles l’interleukine, la calcitonine, les orexines…


D’autre part, ronflements et apnée du sommeil sont également apparus comme facteurs de risque de transformation des céphalées, avec, notamment, un taux élevé de céphalées chroniques quotidiennes en cas de ronflements habituels, ceci étant rapporté, entre autres, à des variations de pression intracrânienne et artérielle, une hypoxie, une hypocapnie…


On a aussi mis en relation allodynie cutanée et migraine chronique, puisque la prévalence de cette hypersensibilité est significativement plus élevée dans les évolutions chroniques (68,3 %) que dans les formes épisodiques (63,2 %) (p<0, 01).


Ainsi, parmi les facteurs de risque d’évolution des migraines vers la chronicité, on note, d’une part, le sexe, l’ethnie, les facteurs génétiques, un niveau socio- culturel bas, ainsi qu’un rythme élevé des crises, la forte intensité des douleurs, l’obésité, les syndromes dépressifs et les modes de vie stressants à un âge moyen. Ces éléments sont à détecter précocement, de manière à intervenir pour inciter, par exemple, à la maîtrise du poids, à la limitation de prise de caféine, de barbituriques et d’opiacés, et au traitement des troubles du sommeil.



Dr Françoise Ponchie Gardelle

Bigal ME et coll.: What predicts the change from episodic to chronic migraine ? Current Opinion in Neurology 2009; 22: 269- 276