Vaccins grippaux A (H1N1) : une pharmacovigilance globalement rassurante
Publié par La Pharmacienne le Décembre 08 2009 10:29:12

La campagne de vaccination contre le virus, responsable de la pandémie grippale actuelle, est historique à bien des égards. Par la vitesse à laquelle le vaccin a été mis au point puisque...
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La campagne de vaccination contre le virus, responsable de la pandémie grippale actuelle, est historique à bien des égards. Par la vitesse à laquelle le vaccin a été mis au point puisque, dans beaucoup de pays, celui-ci a été disponible avant même que l’épidémie ait eu le temps de s’étendre. Par le nombre de sujets potentiellement concernés, puisque plusieurs des grands états développés se sont donné les moyens de vacciner toute leur population. Par l’ampleur de la polémique sur les risques vaccinaux, suscitée notamment par le rappel des cas de syndromes de Guillain-Barré (SGB) survenus aux Etats-Unis en 1976 chez un vacciné sur 100 000 lors d’une campagne de vaccination contre la grippe A H1N1. Par les difficultés d’organisation inhérentes à une campagne d’une telle ampleur.


Face à ces caractéristiques très inhabituelles, les autorités sanitaires de plusieurs pays occidentaux ont renforcé leurs dispositifs de pharmacovigilance. Un peu plus d’un mois après le début de l’immunisation avec des vaccins spécifiques monovalents, il est possible de faire le point sur leurs risques d’effets secondaires. Pour ce faire nous pouvons notamment nous appuyer sur l’expérience américaine et sur les données françaises (recueillies par l’afssaps).



Moins de un syndrome de Guillain Barré par million de vaccinés aux Etats-Unis

Les résultats américains pour la période du 1er octobre au 24 novembre viennent d’être publiés par le MMWR (1). Ils ont l’intérêt de s’appuyer sur une expérience bien plus importante que celle de la France, puisqu’au 24 novembre, 46,2 millions de personnes avaient été vaccinées (contre un million en France au 29 novembre). Cependant ils ne sont pas totalement extrapolables à l’Europe puisque les vaccins qui sont utilisés aux Etats-Unis ne comportent pas d’adjuvant et que l’un d’entre eux, administré à 11,3 millions d’américains, est un vaccin vivant atténué délivré par voie nasale non autorisé en Europe. Ces réserves étant faites, il apparaît que, globalement, la tolérance à ces vaccins est tout à fait satisfaisante.

Le Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS) qui regroupe tous les effets indésirables signalés spontanément aux Etats-Unis en a enregistré 3 783 au 24 novembre (soit 82 par million contre 47 par million pour le vaccin grippal saisonnier). Parmi ces effets secondaires possibles de la vaccination peu ont été considérés comme sévères (n=191).


Sur les 13 décès ayant suivi la vaccination, dans 10 cas la responsabilité du vaccin semble pouvoir être écartée raisonnablement (maladies sous jacentes graves et évolutives dans 9 observations et accident de la route pour un patient), tandis que pour les 3 derniers morts les résultats complets de l’enquête ne sont pas encore connus. Pour ce qui est du SGB, 12 cas suspects ont été déclarés dont 4 répondent aux critères de définition de Brighton et 4 sont encore en cours d’investigation. La fréquence du SGB (moins de 1 par million) apparaît donc être inférieure à celle des cas fortuits que l’on pouvait attendre au cours de cette période sur une population de plus de 40 millions d’habitants. Parmi les autres effets secondaires sérieux il faut signaler également 11 cas d’anaphylaxie et 8 observations d’anaphylaxie possible.



Pas de signal négatif en France

Les données de l’afssaps au 29 novembre vont dans le même sens (2), même si elles ne sont pas directement comparables car le système de recueil des effets secondaires est différent (notamment dans la mesure où les patients eux-mêmes peuvent signaler des effets indésirables). Sur 860 000 doses de vaccins Pandemrix (avec adjuvant), 562 signalements ont été portés à la connaissance de l’afssaps dont l’immense majorité correspondait à des effets secondaires bénins. Quarante-huit cas médicalement significatifs dont 16 graves ont été signalés (dominent parmi ces cas graves, les réactions allergiques et les paresthésies). Un seul décès a été signalé dans la nuit qui a suivi la vaccination et l’enquête n’a pas conclu à une relation avec le vaccin. Quant au cas de suspicion de SBG qui avait été rapporté les tous premiers jours de la campagne, il ne semble pas être confirmé comme le suggère « la normalité des examens neurologiques successifs et l’évolution rapidement favorable ». L’expérience française avec un vaccin sans adjuvant (Panenza) est plus limitée (167 000 doses) et seuls 5 effets secondaires possibles ont été notifiés jusqu’ici dont 4 non graves et une exacerbation de douleurs articulaires chez un sujet ayant une tumeur osseuse.


Tous ces éléments très rassurants ne permettent évidemment pas de conclure formellement à l’innocuité de ces vaccins. On peut bien sûr rappeler que le caractère volontaire des déclarations peut, en théorie, conduire à une sous évaluation des risques (encore que ceci paraisse bien peu probable pour des effets secondaires graves dans le climat de suspicion actuel !). On peut également souligner que tous les cas signalés n’ont pu encore être entièrement explorés et que des effets secondaires retardés ne peuvent, par définition, être écartés.


Il n’en reste pas moins que, dans l’état actuel des connaissances, aucun signal ne permet de remettre en cause la balance bénéfice-risque positive des vaccins disponibles.


Dr Anastasia Roublev, JIM

1) Broder K et coll. : Safety of influenza A (H1N1) 2009 monovalent vaccines. United States, October 1-November 24, 2009. MMWR 2009; Publication avancée en ligne le 4 décembre 2009.
2) Afssaps. Suivi de pharmacovigilance des vaccins grippaux A (H1N1). Bulletin n°5 (21 octobre-29 novembre 2009).