HTA gravidique : la piste du plomb
Publié par La Pharmacienne le Décembre 09 2009 14:07:49
Si le lien entre exposition au plomb et survenue d’une HTA est documenté par différentes études, la relation entre l’exposition à ce métal lourd et l’HTA gravidique reste à éclaircir...

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Si le lien entre exposition au plomb et survenue d’une HTA est documenté par différentes études, la relation entre l’exposition à ce métal lourd et l’HTA gravidique reste à éclaircir. Des équipes françaises ont donc évalué la relation entre HTA gravidique aux deuxième et troisième trimestres de la grossesse et les plombémies. L’évaluation, menée dans le cadre de l’étude de cohorte EDEN (Étude des déterminants pré- et post-natals du développement et de la santé de l’enfant), a inclus 971 femmes enceintes, âgées de 18 à 45 ans, venues consulter dans deux maternités, à Poitiers et à Nancy, avant 24 semaines de grossesse.


Chez ces femmes, non diabétiques à l’inclusion et dont la grossesse n’était pas multiple, les concentrations sanguines de plomb ont été mesurées à 24 et 28 semaines de grossesse. Dans cette population, de 29,3 ± 4,9 ans d’âge moyen, le diagnostic d’HTA gravidique a été porté chez 106 femmes (10,9 %), et l’HTA était accompagnée de protéinurie (prééclampsie) chez 20 d’entre elles.


Les plombémies moyennes se sont avérées plus élevées chez les femmes ayant une HTA gravidique que chez celles sans HTA, respectivement de 2,2 ± 1,4 µg/dl vs 1,9 ± 1,2 µg/dl (p = 0,02). C’est chez les femmes dont les plombémies se situaient dans le quartile le plus bas que l’HTA gravidique était la moins fréquente (7,7 %), puis cette fréquence allait croissant, significativement, dans les quartiles plus élevés de plombémie : 10,7 % dans le deuxième quartile, 11,1 % dans le troisième, pour culminer (13,1 %) dans le quatrième quartile, le plus haut (p pour la tendance = 0,03).


Toute une gamme de facteurs confondants potentiels ont été pris en compte : concentrations sanguines de cadmium, de manganèse et de sélénium, hématocrite, âge maternel, indice de masse corporelle, parité, survenue d’un diabète gestationnel, niveaux socio-économiques et d’éducation, lieu géographique de résidence, tabagisme… Les ajustements sur ces facteurs potentiels de confusion ont légèrement atténué les résultats mais sans faire perdre sa significativité à la relation entre plombémies et risque d’HTA gravidique (OR ajusté = 3,3 IC à 95 % 1,1-9,7).


Cette étude, menée chez près de 1 000 femmes, en deux centres géographiquement distincts, associe plombémies maternelles et risque d’HTA gravidique. Elle suggère un rôle possible du plomb, même aux faibles expositions environnementales, dans la survenue de l’HTA gravidique, pathologie multifactorielle d’étiologie non encore élucidée, susceptible de mettre en péril la vie de la mère et de l’enfant. Les auteurs incitent les organismes sanitaires à réviser la limite supérieure « acceptable » de la plombémie (actuellement de 10 µg/dl) chez la femme enceinte.


Dr Claudine Goldgewicht, JIM

Yazbeck C et coll. : Maternal blood levels and the risk of pregnancy-induced hypertension : The EDEN Cohort Study. Environ Health Perspect 2009 ; 117 : 1526-30.