Pollakiurie nocturne : tout un contexte
Publié par La Pharmacienne le Mai 09 2010 15:08:50
La pollakiurie nocturne (PN), définie comme plus de 2 mictions par nuit et qui affecte les individus des deux sexes et de tous âges, est un symptôme bien gênant, ne fût-ce que par son retentissement sur la qualité du sommeil et sur celle de la vie, qu’il pourrait même abréger...


On lui attribue de multiples causes : chez la femme, un accouchement récent, ou le vieillissement, chez l’homme l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), (mais le traitement chirurgical ne guérit qu’inconstamment la PN), et dans les 2 sexes, une vessie hyperactive, une polyurie, des apnées du sommeil, l’anxiété, des troubles du sommeil, la prise de caféine, de diurétiques, d’alcool.


Les auteurs finnois se sont intéressés d’une manière globale aux facteurs associés à la PN : contexte médical, style de vie (tabac, café, alcool, médicaments, indice de masse corporelle), facteurs socioéconomiques, parité, signes urinaires associés (incontinence), ronflements.


Ils ont, dans ce but, expédié en 2003 et 2004, 6 000 questionnaires à des sujets tirés au sort par tranche d’âge entre 18 et 79 ans et les réponses, à l’exception de la consommation d’alcool, (qui n’est en définitive pas un facteur de PN), se sont révélées hautement valides. Ils ont aussi tenu compte de facteurs potentiellement biaisants (statut ménopausique, type de travail). Ils ont reçu 3 307 réponses exploitables où tous les items étaient convenablement remplis. Après ajustement en fonction de l’âge, ils ont soumis lesdites réponses à une analyse multivariée.


Près de 13 % des femmes (et 12,5 % des hommes) se plaignaient de PN.
Les facteurs associés étaient :

-dans les 2 sexes, les mictions impérieuses, le ronflement, le syndrome des jambes sans repos, l’obésité ;
- chez la femme, le diabète et l’insuffisance coronarienne ;
- chez l’homme, l’HBP, le cancer de la prostate, et la prise d’antidépresseurs.


Aucun de ces facteurs n’est associé à lui seul à plus de 50 % des PN chez la femme ; en revanche, chez l’homme la présence d’une HBP ou de mictions impérieuses est rencontrée dans plus de la moitié des PN.


On peut conclure que, en l’absence d’une cause prépondérante, la pollakiurie nocturne reconnaît une étiologie plurifactorielle, obligeant à prendre en charge l’obésité, le ronflement, l’apnée du sommeil, etc. et devant faire renoncer à un traitement spécifique unique satisfaisant.



Dr Jean-Fred Warlin, JIM

Tikkinen KA et al. : A systematic evaluation of factors associated with nocturia- The population-based FINNO study. Am J Epidem., 2009; 170: 361-368.