Strabisme de l’enfant : des situations périnatales à risque
Publié par La Pharmacienne le Juillet 08 2010 11:14:15
Le strabisme est fréquent chez l’enfant (prévalence de 2 à 6 % dans les pays industrialisés) et expose à l’amblyopie, mais les facteurs étiologiques qui le sous-tendent restent à éclaircir. Des ophtalmologistes danois et américains se sont intéressés à la relation entre environnement périnatal et strabisme, peu explorée jusque-là, en examinant, en population générale, dans une vaste cohorte de naissance, l’impact de nombre de données ayant trait à la grossesse, au développement de l’enfant et aux malformations congénitales.


L’étude a porté sur 96 842 enfants de la Danish National Birth Cohort, nés vivants entre 1996 et 2003, et les données ont été croisées avec celles de trois registres nationaux (registres de naissance, d’hospitalisations/consultations, et de soins).

Un diagnostic de strabisme a été relevé chez 1 321 enfants parmi 5 655 pour lesquels les dossiers ophtalmologiques étaient disponibles.


L’analyse, après ajustements (notamment sur l’année de naissance, le poids de naissance, la catégorie socio-professionnelle des parents, le tabagisme maternel quotidien, la consommation maternelle hebdomadaire d’alcool), associe à l’augmentation du risque de strabisme, de tout sous-type :

- le petit poids de naissance, le risque étant multiplié par 2 (p < 0,001) chez les enfants pesant moins de 2 500 g à la naissance en comparaison de ceux pesant 2 500 g ou plus, et l’association était très peu modifiée après ajustement poussé sur l’âge gestationnel (p = 0,001) ;

- la prématurité, avec un RR accru de près de 2 fois chez les enfants nés à un âge gestationnel inférieur à 37 semaines par rapport à ceux nés entre 37 et 41 semaines de grossesse (p < 0,001), l’association perdant de sa significativité après ajustement sur le poids de naissance (p = 0,05) ;

- un périmètre crânien (PC) augmenté, le risque étant accru de 36 % chez ceux dont le PC était de 38 cm ou plus par rapport aux enfants dont le PC se situait entre 34 et 37 cm (p = 0,03) ;

- l’existence de malformations congénitales ou d’anomalies chromosomiques, avec, en comparaison des enfants indemnes de telles atteintes, des risques relatifs de 6,55 (IC à 95 % 4,55-9,50) en cas d’anomalie chromosomique, de 3,91 (2,83-5,40) en cas de malformations de la tête et du cou, de 1,57 (1,29-1,89) en cas de malformation autre, (p < 0,001), en comparaison des enfants indemnes de ces anomalies.


En revanche, après ajustements, l’analyse ne relie de façon significative, au strabisme, pris dans son ensemble, ni le score d’Apgar à 5 minutes ni la grossesse multiple, ni encore l’âge des parents.


L’association entre malformations congénitales et strabisme était plus souvent le fait des strabismes divergents que convergents : sur 183 enfants ayant un strabisme divergent, 40 (22 %) avaient une malformation congénitale, et le risque était significativement accru pour toutes les anomalies soumises à analyse [anomalies chromosomiques, RR = 16,1 (7,51-34,6) ; malformations de la tête et du cou, 11,7 (6,67-20,07) ; malformations autres, 2,24 (1,40-3,57), (p < 0,001).


Selon le type de strabisme, une association est mise en évidence aussi entre accouchement par césarienne et strabisme divergent (RR = 1,65 ; 1,16-2,34 ; p = 0,03), mais sans lien significatif observé avec le strabisme convergent.


Ces résultats attirent l’attention sur des altérations périnatales susceptibles d’exposer au risque de strabisme de l’enfant. Au rang de ces altérations figurent : les malformations congénitales, le petit poids de naissance, la prématurité, et le périmètre crânien augmenté. Les différences d’effets observés des anomalies chromosomiques et malformations congénitales, et de l’accouchement par césarienne, suggèrent des différences étiologiques selon que le strabisme est divergent ou non.


Dr Julie Perrot, JIM

Torp-Pedersen T et coll. : Perinatal risk of factors for strabismus. In J Epidemiol, Publication avancée en ligne, 4 juin 2010 (doi:10.1093/ije/dyq092).