Trop de risques liés au dépistage systématique du cancer de la prostate
Publié par La Pharmacienne le Septembre 24 2010 10:11:52

Olivier Scemama, adjoint au chef du service évaluation économique et santé publique de la HAS, décrypte les réticences de son institution au dépistage systématique du cancer de la prostate.



Pourquoi la Haute autorité de santé (HAS) s'oppose-t-elle au dépistage systématique du cancer de la prostate?

Nous avons toujours pris en compte la balance bénéfices-risques du dépistage. Or, il apparaît que les inconvénients sont supérieurs aux avantages. Un expert méthodologique a d'ailleurs analysé les deux dernières grandes études sur le sujet. L'enquête américaine PLCO (Prostate, Lung, Colorectal and Ovarian Cancer) ne montre pas de nettes différences entre patients dépistés et non dépistés. Quant à l'Etude européenne randomisée de dépistage du cancer de la prostate (ERSPC), qui indique un écart de mortalité entre personnes suivies et non suivies, elle repose sur trop de biais méthodologiques. Notre opposition n'est pas polémique: elle s'appuie sur la littérature scientifique.



Comment expliquer que votre position différe autant de celle prônée par l'Association française d'urologie (Afu)?

Difficile d'avancer des explications à la place des urologues, dont je ne remets pas en cause la bonne foi. Néanmoins, entre une analyse critique réalisée sans intérêt particulier, et un point de vue beaucoup plus professionnel, la vision de la situation diffère nécessairement. La HAS identifie trop de risques liés au "surdiagnostic". Il apparaît dans les deux études que le test PSA (protéine produite par la prostate) entraîne trop de faux positifs: 70% des hommes passent une biopsie complémentaire alors qu'ils n'ont pas de cancer. Les effets secondaires ne sont pas négligeables: saignements urinaires, douleurs.



Est-il possible de trouver une position intermédiaire, à mi-chemin entre le dépistage systématique et l'absence totale de suivi?

On pourrait en effet effectuer un dépistage ciblé selon des facteurs de risque comme les antécédents familiaux ou certaines caractéristiques ethniques: les Africains ou les Antillais sont notamment plus touchés, ces derniers ayant plus de chances d'être exposés à certains pesticides dans la culture de bananes Outre-mer.


L'Express