Greffe de la trachée: première mondiale en France
Publié par hammar le Décembre 07 2010 11:51:54
Cette opération, réalisée par une équipe française, a été tentée chez sept malades. Cinq sont en vie et mènent une existence normale. C'est un nouveau pas dans l'un des grands défis de la chirurgie thoracique: le remplacement de la trachée. Une équipe de chirurgiens français a utilisé avec succès une technique originale pour reconstruire cet organe à partir des propres tissus du malade.

La trachée artificielle a été fabriquée grâce un lambeau de peau, «armé» avec des morceaux de cartilage prélevés sur des côtes. En six ans, sept patients ont été ainsi opérés, ont annoncé hier les deux praticiens à l'origine de cette première mondiale; le Pr Philippe Dartevelle, chirurgien thoracique et vasculaire au centre chirurgical Marie Lannelongue (Plessis-Robinson), et le Dr Frédéric Kolb, chirurgie plasticien à l'Institut Gustave-Roussy (Villejuif). Cinq de ces malades sont vivants et ont repris une vie normale. Cette nouvelle technique devrait permettre de soigner, voire de guérir des personnes atteintes de cancers très étendus de la trachée, non opérables car la chirurgie actuelle serait trop mutilante.

Éviter les risques de rejets

Conduit de 10 à 15 centimètres entre le larynx et les bronches; la trachée est constituée d'une fine couche interne -muqueuse-, qui aide à filtrer les particules, et d'une couche externe d'anneaux de cartilage, qui la maintiennent ouverte. En cas d'atteinte par un traumatisme ou une tumeur, les chirurgiens peuvent enlever la partie malade si elle ne dépasse pas la moitié de la longueur totale de la trachée. Au-delà, il faut l'ôter en totalité et reconstruire. Malgré des décennies de recherches, aucune solution vraiment satisfaisante n'a encore été trouvée.

Les techniques classiques de greffes s'avèrent trop complexes et nécessiteraient de lourds traitements immunosuppresseurs pour éviter les rejets. «Les prothèses s'infectent toujours, sont rejetées par l'organisme et érodent les organes du voisinage», estiment dans leur communiqué les Drs Dartevelle et Kolb. Ils se disent aussi sceptiques sur les approches de remplacement de la trachée par d'autres organes avec donneur ou pas (tel l'intestin, l'œsophage ou encore l'aorte) qui nécessitent la mise en place d'une endoprothèse pour rigidifier l'ensemble. Quant à la piste des reconstructions en laboratoire, elle n'est encore qu'à l'état de recherches.

Philippe Dartevelle et Frédéric Kolb ont commencé à réfléchir à la question en 2004, pour proposer une solution au cas dramatique d'un patient de 35 ans (lire nos éditions du 28-3-2008). «Nous avons recours à un conglomérat de plusieurs techniques classique en chirurgie plastique», précise le Dr Kolb. Un lambeau rectangulaire de peau avec ses vaisseaux est prélevé au niveau de l'avant-bras; puis il est «armé» avec des morceaux de cartilage, provenant des côtes du patient. Les deux berges sont ensuite cousues pour obtenir un cylindre. Cette armature permet d'éviter le recours à un soutien par des endoprothèses, «inconfortables pour le patient et qui ne durent pas très longtemps» , précise le plasticien. Et aucun traitement immunosuppresseur n'est nécessaire puisque tous les tissus proviennent du patient.

Au total, sur les sept malades qui ont bénéficié de cette technique, cinq sont en vie et mènent une existence normale avec un recul d'un à six ans.

Les deux autres, qui avaient eu des remplacements étendus sur les bronches, sont décédés d'infection. La muqueuse de la peau, qui est dépourvue de cils, s'avère en effet moins efficace que l'épithélium respiratoire normal pour évacuer les particules et les sécrétions bronchiques. Pour prévenir ce risque, des recherches sont en cours en laboratoire pour utiliser un épithélium provenant du nasopharynx, muni des précieux cils. À terme, selon le Pr Dartevelle, une telle trachée artificielle pourrait concerner quelques dizaines de malades par an en France.

À l'origine d'une autre première dans ce domaine, l'équipe du Pr Alain Wurtz (Lille) a choisi une autre voie: remplacer la trachée par de l'aorte, prélevée sur des donneurs décédés. Ce tissu, qui n'induit pas de rejet, se transforme progressivement en trachée. «Depuis quatre ans, nous avons ainsi traité six malades atteints de cancers inopérables. Quatre sont en vie, dont trois ont repris une activité professionnelle normale», précise le Pr Wurtz. Une endoprothèse est nécessaire, mais le chirurgien espère en sevrer ses patients au bout de cinq ans.
lefigaro.fr