L'automédication gagne du terrain
Publié par hammar le Janvier 22 2011 08:08:45
Antihistaminiques, antiacides… Comment utiliser sans risque ces produits. Substituts nicotiniques pour arrêter de fumer, antihistaminiques contre les allergies… De plus en plus de médicaments, auparavant vendus uniquement sur ordonnance, peuvent maintenant être achetés en pharmacie sans prescription médicale...


Nouvelles étendues
Antihistaminiques, antiacides… Comment utiliser sans risque ces produits.


Substituts nicotiniques pour arrêter de fumer, antihistaminiques contre les allergies… De plus en plus de médicaments, auparavant vendus uniquement sur ordonnance, peuvent maintenant être achetés en pharmacie sans prescription médicale.


Derniers en date, des cousins et petits frères du célèbre Mopral (oméprazole) sont depuis quelques mois en automédication* pour soulager les brûlures d'estomac et autres régurgitations acides. Ces symptômes, qui traduisent un reflux gastro-œsophagien (RGO), toucheraient jusqu'à 40% de la population. D'autres molécules actives sur ces troubles digestifs, comme les antiacides, étaient déjà en vente libre. Mais qu'ils soient rejoints par des molécules de la famille des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) est très symbolique. Leur chef de file, le Mopral, lancé en 1989 pour traiter les ulcères digestifs et les RGO, a caracolé en tête des médicaments les plus prescrits. Et la classe des IPP est parmi les plus coûteuses pour l'Assurance-maladie, avec un remboursement annuel de l'ordre de 1 milliard d'euros. Dans les mois à venir, d'autres médicaments puissants (les triptans, des antimigraineux) devraient devenir accessibles sans prescription.



Ventes saisonnières

Longtemps, dans l'esprit du public, automédication a rimé un peu avec bobologie et poudre de perlimpinpin, beaucoup avec réutilisation des pilules de son armoire à pharmacie au risque de consommation à mauvais escient et d'effets secondaires graves. Aujourd'hui, l'objectif est de permettre une prise en charge autonome des pathologies bénignes, avec des médicaments bien tolérés et au conditionnement adapté (dosage et nombre de comprimés limités, notices plus lisibles…). Des crises d'hémorroïdes à la toux, en passant par les acnés mineures, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a défini des dizaines de situations cliniques pouvant rentrer dans ce cadre. «Actuellement, les trois grands domaines sont les pathologies respiratoires, digestives et les douleurs, précise Daphné Lecomte-Somaggio, déléguée générale de l'Association française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa). Il s'agit assez souvent d'infections, d'où le caractère saisonnier des ventes.»


En pratique, pour «s'automédiquer» sans danger, le premier réflexe est de s'informer. L'Afssaps a édité une série de fiches thématiques, disponibles en pharmacie ou (en cherchant bien) sur son site Internet. Lancé il y a un an et demi par l'éditeur des guides médicaux Vidal, le site EurekaSanté est souvent cité comme référence. Pour chaque symptôme sont précisées les circonstances où l'on peut se soigner seul, celles où il faut consulter un médecin «dans les jours qui viennent» ou «dans la journée». EurekaSanté attire 700.000 à 800.000 visiteurs par mois, selon Stéphane Korsia-Meffre, directeur du pôle grand public Vidal (qui édite aussi Le Guide de l'automédication Vidal, vendu à 50.000 exemplaires depuis 2004).


Mais dans la majorité des cas, c'est le pharmacien qui joue un rôle central de conseil. «L'automédication n'a de sens que si les gens sont bien informés. Ils doivent savoir le nom du principe actif qu'ils prennent et en avertir leur médecin», insiste le Pr Alain Baumelou, qui œuvre depuis des années pour le développement de ce secteur. À défaut, selon lui, les deux principaux risques de l'automédication sont le cumul de deux molécules de la même famille (l'une prise en automédication, l'autre prescrite) et les interactions entre médicaments. Malgré les progrès, le consommateur a de quoi se perdre: entre les produits devant ou derrière le comptoir, ceux uniquement destinés à l'automédication et qui ne sont jamais remboursés et ceux (tel le Doliprane) qui restent remboursables s'ils sont prescrits par un médecin… Depuis un décret de 2008 autorisant la mise en place de certains médicaments en libre accès (plus de 300), environ la moitié des officines ont développé ces espaces.



Prix libres

La mesure n'a pas encore fait décoller le marché. En 2009, les produits non prescrits ont représenté un chiffre d'affaires de 1,9 milliard d'euros, bien loin des 24,5 milliards d'euros des médicaments sur ordonnance. Mais les comportements des consommateurs commencent à évoluer, selon Déborah Wallet-Wodka, maître de conférence (université Pierre-et-Marie-Curie) et enseignante dans un master de marketing de la santé : «Nos enquêtes montrent que les patients deviennent plus experts de leur santé. Les prix sont un critère déterminant pour la moitié d'entre eux, et ils les comparent.» Ils ont bien raison. Les prix des médicaments en automédication, qui sont libres, peuvent aller du simple au triple d'une pharmacie à l'autre.


Le Figaro