Un test génétique de paternité dès la douzième semaine
Publié par MedeSpaceNews le Août 20 2011 00:08:17
Commercialisé depuis quelques jours aux États-Unis, ce test réalisé grâce à une prise de sang chez la mère est déjà controversé en France.

Être certaine de l'identité du père de son enfant avant même la naissance de celui-ci, grâce à une simple prise de sang. C'est ce que propose, depuis quelques jours, la firme américaine DNA Diagnostics Center (DDC), qui se présente comme le leader des tests de paternité et autres tests génétiques dans le monde. Fondé sur l'analyse de l'ADN fœtal dans le sang maternel, ce test prénatal peut être pratiqué dès la douzième semaine de grossesse, sans risque pour le fœtus et avec une fiabilité de 99,9%, affirme le Dr Michael Baird, du département scientifique de DDC. Le coût est de 1 625 dollars (1.130 euros), et les résultats sont obtenus en cinq jours.
Un acte « délirant »

Après la vogue des kits ADN de recherche de paternité -comparant le patrimoine génétique d'un enfant à celui de son père supposé-, déjà très controversés, Il est dorénavant possible de vérifier une filiation avant même la naissance. Pour la firme américaine qui en a l'exclusivité, ce test constitue une innovation majeure dans ce domaine. DDC proposait en effet déjà des tests de paternité prénatals, à partir d'une amniocentèse ou d'une biopsie du tropho­blaste, gestes plus risqués qu'une prise de sang.

L'existence de ce test fait en revanche bondir les praticiens français. «C'est sans doute complexe mais faisable sur le plan technique par un laboratoire bien équipé, ça me paraît toutefois totalement délirant», réagit le Pr Marc Delpech (service de biochimie et génétique moléculaire de l'hôpital Cochin, Paris). Un autre spécialiste critique la stratégie très discutable sur le plan éthique consistant à commercialiser un test alors même que les études scientifiques ne sont pas encore publiées.

«Les données vont être soumises à une revue à comité de lecture», indique laconiquement le communiqué de DDC. Selon l'hebdomadaire

New Scientist, la fiabilité est prouvée. Une étude menée sur mille hommes -qui se sont révélés plus tard ne pas être les pères biologiques des fœtus testés- n'a conduit à aucun test faussement positif. Et, inversement, il n'y a eu aucun test faussement négatif chez une centaine d'hommes qui étaient effectivement les géniteurs.

La méthode ne peut apporter de réponse définitive que dans moins de 1% des cas, note encore le New Scientist. Sur le plan technique, le principe consiste à comparer l'ADN du fœtus -présent en très faible quantité dans le sang maternel- à celui de son père supposé, en analysant 317.000 variants génétiques. ­La société DDC a déjà mis en place 1.500 lieux de collecte des échantillons sanguins aux États-Unis et lorgne l'Europe. «Nous allons ouvrir un centre à Londres au début du mois prochain», indique au Figaro un porte-parole de DDC.

Rien n'est en revanche prévu pour la France . De fait, dans notre pays, la recherche de paternité pour convenance personnelle est illégale. Les tests de paternité ne sont autorisés que dans certains contextes judiciaires ou médicaux. Malgré l'interdiction, la demande devient «majeure» estime le Pr Delpech, qui se dit parfois harcelé par des familles. Faute d'être exaucées dans les laboratoires français, elles se tournent vers des sociétés basées à l'étranger.

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