Lentilles de contact et ulcère de la cornée : de quoi en faire tout un plat !
Publié par Administrateur le Juin 24 2009 08:36:28
Divers facteurs, augmentant la vulnérabilité de la cornée et la rendant plus susceptible aux infections bactériennes, ont été incriminés dans la survenue d'un ulcère cornéen...

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Divers facteurs, augmentant la vulnérabilité de la cornée et la rendant plus susceptible aux infections bactériennes, ont été incriminés dans la survenue d'un ulcère cornéen infectieux (UCI), affection évitable qui peut mettre en péril la vision. Le port de lentilles de contact, les traumatismes de la cornée, les antécédent de chirurgie oculaire, les maladies de surface oculaire, les maladies systémiques, l'abus de topiques oculaires ont ainsi été significativement associés à des taux élevés d'UCI. Des auteurs britanniques se sont attachés à préciser l'épidémiologie et les conséquences sur la vision des ulcères cornéens d'origine infectieuse.

Pour ce faire, ils ont analysé, rétrospectivement, les dossiers des malades venus consulter, entre janvier 1997 et décembre 2003, aux urgences ophtalmologiques du Queen Alexandra Hospital de Portsmouth pour un UCI. Ceux-ci représentaient 3,3 % de tous les patients s'étant présentés dans ce service pendant la même période (soit 1 786 sujets sur 53 341, incidence annuelle d'UCI : 478 p. 100 000). Ils étaient âgés en moyenne de 45 ans et comptaient 54,5 % de femmes. Le nombre moyen de patients avec UCI vus annuellement était de 255, avec des variations saisonnières significatives, marquées par deux pics, en janvier et en juillet.

L'analyse montre que 80,9 % des patients atteints d'UCI avaient au moins un facteur prédisposant, l'âge moyen des patients variant selon le facteur de risque associé. Plusieurs facteurs de risque d'UCI ont été relevés chez 10,1 % des patients, tandis que la cause est restée inconnue chez 19,1 %.
Le port de lentilles de contact s'est avéré le principal facteur prédisposant aux UCI (31 %). L'âge moyen des patients, majoritairement des femmes (63,7 %), était ici de 35 ans, portant pour la plupart des lentilles souples (96,4 %).

Parmi les autres facteurs de risques retrouvés, figuraient notamment, par ordre décroissant de fréquence :

- les maladies oculaires (23,7 %) : antécédents de kératite surtout, puis blépharite, dacryocystite, sécheresse oculaire, conjonctivite chronique, conjonctivite allergique, antécédent de chirurgie oculaire, glaucome, cellulite orbitaire, endophtalmie... ;
- les traumatismes oculaires (6,4 %) : mécaniques, par corps étranger, et par brûlure chimique ou thermique, ou par phototoxicité (UV) ;
- l'utilisation régulière de médicaments (4,9 %) : topiques corticoïdes, antibiotiques ou anesthésiques, et immunosuppresseurs ;

- les maladies systémiques (4,7 %) : polyarthrite rhumatoïde, grippe, diabète, cancers, lupus systémique, eczéma, asthme, maladies inflammatoires chroniques intestinales.
Des complications sont survenus chez 16,1 % des patients : uvéite antérieure, hypopion, néovascularisation cornéenne, cicatrice cornéenne, abcès cornéen, endophtalmie, perforation de la cornée...

Du point de vue bactériologique, les cultures des prélèvements effectués chez 1 254 patients sont revenues positives pour 800 d'entre eux et ont mis en évidence : des bactéries à Gram positif (71,1 %), avec prédominance de Staphylococcus epidermidis ; des bactéries à Gram négatif (28,9 %) parmi lesquelles prédominait Pseudomonas aeruginosa, tandis que 9 des 11 patients ayant une kératite à Acanthamoeba portaient des lentilles de contact.

L'acuité visuelle de départ, de 6/9, 6/12, 6/18 et 6/24 ou pire respectivement chez 21,6, 17,8, 8,1 et 8,3 % des patients, était, après résolution de l'ulcère, améliorée chez 12,1 % des patients, détériorée chez 1,9 % et inchangée chez 73,4 %. Les patients dont la vision s'est détériorée, âgés en moyenne de 50 ans, étaient pour 52,9 % des hommes, avaient au moins un facteur prédisposant à l'UCI, le port de lentilles de contact comptant pour 41,1 % des cas, et le pronostic visuel médiocre s'est avéré significativement associé à la localisation et à la taille de l'ulcération, à l'acuité visuelle de départ, aux complications oculaires, à l'infection par P. aeruginosa ou Acanthamoeba, à l'âge et à l'existence de facteurs de risque d'UCI.

En très grande majorité (96,8 %), les malades avec UCI ont consulté plusieurs fois, 91,4 % d'entre eux ayant pu être suivis jusqu'à la guérison des lésions obtenue en moyenne en 11,5 jours (7-42 jours). L'âge avancé, le fait d'être une femme, l'existence de plus d'un facteur prédisposant, une acuité visuelle médiocre au départ, un ulcère de grande dimension et central, et l'existence d'une kératite à P. aeruginosa ou à Acanthamoeba sont apparus significativement associés à une probabilité accrue d'évolution prolongée.
Au total il faut retenir de cette étude menée sur presque 1 800 patients d'un des hôpitaux a plus fort taux d'activité du sud de l'Angleterre, que le port de lentilles de contact est le facteur de risque d'ulcère cornéen d'origine infectieuse le plus important. La conclusion s'impose : les efforts de prévention doivent s'intensifier qui passent par une éducation continue pour une bonne utilisation des lentilles de contact...

Ibrahim YW et coll. : Epidemiologic characteristics, predisposing factors and microbiological profile of infectious corneal ulcers : The Portsmouth Corneal Ulcer Study. Br J Ophthalmol, Publication en ligne, 2 juin 2009.