Recherche: in Contrefaçon de médicaments: le danger s'étend
Publié par Administrateur le Juin 24 2008 11:48:41
PARIS (AFP) - Les contrefacteurs, mieux organisés, s'attaquent désormais à tous les médicaments et non plus au seul Viagra, dont les mérites et le prix bradé sont vantés dans les spams, et commencent à pénétrer sur les marchés des pays riches, jusqu'alors épargnés.

Selon les estimations de l'OMS, les médicaments contrefaits représenteraient 10% du marché pharmaceutique mondial, soit 45 milliards d'euros.
Nouvelles étendues
"Cela rapporte plus que l'héroïne avec un risque juridique quasi zéro", dénonce Thierry Cornillet, député européen (ADLE), spécialiste du sujet.

"Les réseaux sont de plus en plus industrialisés et hyper réactifs" et copient même les numéros de lot, ce qui rend très difficile la détection, juge Christine Huber, directrice projet contrefaçon chez Sanofi-Aventis.

Résultat: "on n'est plus en train de faire seulement la contrefaçon du Viagra" dont "tout le monde riait". "Aujourd'hui, on trouve des produits contrefaits dans toutes les classes thérapeutiques et ça c'est très nouveau", souligne Jean-François Dehecq, président de Sanofi.

Au palmarès des médicaments les plus contrefaits figurent donc, à part les traitements dits "de confort" (Viagra, amincissants...), les traitements contre les pathologies cardiovasculaires, les antibiotiques, les antipaludéens ou les anticancéreux, énumère Mme Huber.

Véritables placebos, contenant du principe actif mais sous-dosés ou carrément fabriqués avec des ingrédients toxiques, "au mieux ils soignent, au pire ils tuent", insiste M. Cornillet.

Le nombre de médicaments contrefaits interceptés aux frontières de l'Union Européenne a progressé de 51% en 2007, après une flambée de plus de 400% en 2006. En France, les saisies, essentiellement du Viagra provenant d'Inde et en transit vers l'Afrique ou l'Amérique Latine, ont bondi de 31% l'an dernier, selon la direction du renseignement douanier.

Vendus moins chers sur des marchés parallèles dans les pays en voie de développement, où ils représentent parfois jusqu'à 60% du marché, les médicaments contrefaits fleurissent sur les sites internet à destination des patients des pays riches.

"Pour l'instant, la France a été épargnée en raison de l'organisation de la chaîne du médicament extrêmement contrôlée" car les médicaments sont bien remboursés, ce qui n'incite pas les patients à aller sur le web, mais "on redouble de vigilance", souligne Gilles Bonnefond, responsable de l'Union des Syndicats des Pharmaciens d'Officine.

Mais aux Etats-Unis, où 47 millions de personnes n'ont pas de couverture santé, "les gens cherchent sur internet des anticancéreux ou des anticholestérol", note-t-on au Leem (Les entreprises du médicament).

Autres exemples: en Grande-Bretagne, des contrefaçons de l'antiagrégant Plavix ont été retrouvées en juin 2007 dans la chaîne de distribution avant leur arrivée dans les pharmacies et en juillet 2007, la douane belge a saisi 600.000 cachets d'antibiotiques contrefaits "potentiellement destinés au marché belge".

Les laboratoires pointent du doigt le système de "distribution parallèle" autorisé par l'Union, qui consiste à acheter des médicaments dans un État membre avant de les revendre dans un autre, ce qui peut passer par un reconditionnement du comprimé, "une voie royale pour écouler les produits contrefaits", selon M. Dehecq.

Un argument totalement rejeté par l'European Association of Euro-Pharmaceutical Companies, représentant les distributeurs parallèles, qui dénonce le caractère "commercial" de ces accusations.

Pour pouvoir mieux vérifier l'origine des médicaments, les laboratoires européens, qui demandent aussi un durcissement de la loi, vont tester dès 2009 en Allemagne un système de vignette unique par boîte, baptisé "Data matrix".